Samedi matin, très tôt. Le jour hésite encore au-dessus des montagnes. Tout comme les nuages d’ailleurs, qui s’atterdent en nombre… Déjà, un coq proteste sous un bras, un cochon d’Inde gigote au fond d’un sac, une grand-mère au chapeau de feutre jauge une poule hagarde, une vendeuse propose ses ponchos colorés. Bienvenue à Otavalo, au nord de l’Équateur, à deux heures de route de Quito. Prêt pour une visite ?
Soyons francs : la ville n’est pas une carte postale de charme et de beauté architecturale. Un gros bourg de béton encerclé de montagnes, sympa, sans plus. Mais il y a les marchés. Et quels marchés ! Et l’artisanat aussi ! Le samedi, les habitants d’Otavalo et des villages alentour descendent en ville, châle sur les épaules et colliers dorés au cou, pour vendre, acheter, marchander. Otavalo est le grand carrefour du commerce autochtone de la région, et ça se voit, ça s’entend, ça caquette. Et les habitants arborent des tenues vestimentaires traditionnelles qui valent le détour.
Et puis il y a ce qu’on n’était pas venus chercher. Une lagune lovée dans un cratère. Une campagne douce, perchée au-dessus de la ville. Une cascade surgie entre deux averses. Une soupe brûlante au coin du feu, pendant que la pluie tambourinait sur le toit. Otavalo nous a pris par surprise, et surtout par ses alentours. On te raconte tout, avec nos conseils pour en profiter, même sous un ciel de plomb.

Le marché aux animaux d’Otavalo : le grand spectacle du samedi
On arrive les yeux encore embrumés par le « trop tôt » de la journée. Ils s’écarquillent vite. Poules entassées dans des cages rondes, canards bruyants, chapeaux feutrés sur les têtes : le mercado de animales se moque bien des touristes (qui sont d’ailleurs pas bien nombreux). Ici, on vient faire ses affaires, et rien d’autre.
Une femme soupèse un poussin comme on tâte un melon. Un homme repart, coq orange calé sous le bras, l’air ravi d’avoir gagné la partie. Une autre glisse sa poule dans un filet vert, entre deux sacs de grain. Plus loin, une vendeuse brandit un bouquet de pattes de poulet, griffes en l’air, promises à un bouillon. Le tout dans un vacarme de caquètements et de marchandages.




Et puis il y a les visages. Chapeaux de feutre ornés d’une plume, châles bleus noués sur la poitrine, rangs de perles dorées au cou des femmes : la tenue otavaleña se porte au quotidien, au milieu des cages et des sacs. Et ça c’était vraiement subjuguant pour nous, expatriés à Cuenca, où on voit cet habit traditionnel mais pas autant qu’ici à Otavalo !
Blouse blanche brodée de fleurs et jupe longue pour les femmes, longue tresse dans le dos, pantalon blanc et poncho sombre pour bien des hommes. Les rangs de perles dorées, dit-on, s’ajoutent avec les années. Une galerie de portraits à ciel ouvert, burinés par le soleil d’altitude.
Moi qui aime les photos de visages marqués par le soleil, le travail et les années, me voilà servi !





Nos conseils pour le marché aux animaux
- Quand : le samedi seulement, dès le lever du jour, jusqu’en fin de matinée. Arrive tôt : c’est vers 6 h 30 ou 7 h que l’animation est à son comble.
- Où : le marché se tient sur une grande esplanade, en dehors du centre. Demande « el mercado de animales » à un taxi : tout le monde connaît.
- Photos : on est sur un vrai marché de travail. Demande avant de photographier quelqu’un de près, et accepte un refus avec le sourire. J’avoue que cela a été la partie délicate de cet article : parfois, il faut de la spontanéité pour prendre une photo et c’est difficile de demander l’autorisation à temps.
Je montre alors la photo après. Si la personne est mécontente, j’efface. - Enchaîne avec la Plaza de los Ponchos : le marché artisanal s’étend lui aussi le samedi, c’est le moment idéal pour faire les deux dans la matinée.
La Plaza de los Ponchos, le marché artisanal d’Otavalo
Changement de décor, même énergie. Le marché artisanal occupe la Plaza de los Ponchos tous les jours. Mais le samedi, il déborde : les étals dévalent les rues voisines, et la ville entière se transforme en bazar. C’est un peu plus touristique que le marché des animaux. Il faut dire qu’il y a plus de chance d’avoir envie d’acheter un tissu qu’une poule… Couvertures aux motifs géométriques empilées en colonnes, hamacs qui dégoulinent de franges, ponchos, tapisseries, écharpes en laine d’alpaga, bijoux, sacs brodés… Un joyeux méli-mélo de couleurs qui donne le tournis. C’est très photogénique (sauf quand le ou la vendeuse abuse un peu trop de la bâche en plastique…)
derrière tout ce textile, un savoir-faire ancien : le tissage otavaleño existait bien avant l’arrivée des Espagnols, et l’artisanat fait toujours vivre la ville.
L’un des plus beaux marchés que nous ayons vus en Amérique latine. Et l’un des plus agréables pour faire des emplettes : les prix sont doux, et on peut faire de bonnes affaires en négociant.




Comment négocier à Otavalo
- Fais le tour avant d’acheter. Les mêmes couvertures reviennent d’un stand à l’autre : compare les prix et la qualité des finitions.
- Demande le prix, puis propose. Le marchandage fait partie du jeu : une remise de 20 à 40 % sur le premier prix est souvent possible, toujours avec le sourire et sans s’acharner. Le prix est souvent indiqué : c’est déjà une bonne base pour ne pas proposer trop peu ou trop !
- Achète en lot : deux ou trois pièces chez le même vendeur, c’est l’argument qui fait le plus baisser la note.
- Prévois des petites coupures. On paie en dollars américains, et les vendeurs n’ont pas toujours la monnaie sur un billet de 20 $.
- Horaires : en général de 8 h à 18 h, tous les jours ; le samedi est le jour le plus animé (mis à jour en 2026).
Une fabrique de chapeaux près du marché aux animaux
En revenant du marché aux animaux, on pousse la porte d’un atelier de chapeaux. Les caquètements laissent place au cliquetis d’une machine à coudre et au souffle de la vapeur. Un artisan coud des bandeaux sur des feutres à larges bords. Sur les étagères, des formes en bois s’alignent, rondes et lisses comme des galets. Une femme passe un chapeau au-dessus d’une bouilloire fumante, puis le façonne à la main, patiemment.
Voir naître le chapeau que tout le monde porte au marché, c’est la meilleure suite possible à la matinée. Et une bonne occasion d’en rapporter un.



Il s’agissait de Sombreros Shaman, calle Vicente Ramón Roca 11-09, à Otavalo. On y est revenus en taxi, et c’est le plus simple : les courses en ville coûtent quelques dollars.
La lagune de Cuicocha : un lac dans un volcan
Le ciel est bas, gris, chargé. Tant pis : on y va quand même. Et la récompense tombe d’un coup, au détour du sentier. Sous nos pieds s’ouvre une caldeira, l’ancien cratère d’un volcan, remplie d’une eau bleu sombre. Au milieu, deux îlots couverts de végétation se blottissent l’un contre l’autre, comme deux dos de tortue. Petite cerise sur la lagune : des îles au milieu d’un cratère.
La brume s’effiloche sur les crêtes, s’accroche aux pentes, puis se déchire par endroits pour laisser passer un rayon. Mélancolique et superbe à la fois. Clin d’œil au marché du samedi : cuicocha signifierait « lagune du cochon d’Inde » en kichwa.



Infos pratiques pour la lagune de Cuicocha
- Où : au pied du volcan Cotacachi, à 30 ou 40 minutes de route d’Otavalo, au-dessus du village de Cotacachi.
- Le sentier du tour du cratère : environ 14 km, compte 4 à 5 heures de marche. Le point le plus haut dépasse 3 500 m : vas-y après quelques jours d’acclimatation.
- Entrée : gratuite, avec un registre à signer (mis à jour en 2026).
- Y aller : bus d’Otavalo à Cotacachi (environ 30 minutes), puis taxi jusqu’à la lagune. Un taxi direct depuis Otavalo est plus simple, compte une dizaine de dollars (prix à négocier).
- Météo : les nuages montent souvent dans la journée. Pars tôt et prends une veste de pluie.
La campagne d’Otavalo : notre refuge un jour de pluie
La campagne, on n’avait pas prévu de la visiter. C’est la pluie qui a décidé pour nous. Avec un ciel qui ne voulait rien savoir, on s’est dit qu’on allait arrêter là les randonnées dans les alentours et se réfuguer à la campagne, bien au chaud dans une « hacienda » et profiter des courtes éclaircies pour faire des petites balades dans les environs. Et ce fut une excellente idée !
On a loué une vieille maison sur les hauteurs de Mojandita, à quelques kilomètres de la ville, juste à côté de l’Hosteria Rose Cottage. Et ce qui devait être un repli s’est transformé en un très bon souvenir. On te conseille vivement cette hosteria : ambiance calme et chaleureuse, spa sous une genre de veranda avec vues sur les alentours, feu de cheminée, petit déj très bon… parfait !
Des plaisirs tout simples, pourtant. Une soupe maison qui mijote, bien chaude, avec des légumes du coin. Du pain cuit au four par notre hôte. Un feu qui crépite. La pluie qui tombe derrière la vitre, et nous, enroulés dans une couverture, à la regarder sans rien faire. Le soir, Otavalo s’allume en contrebas, constellation de lumières posée au fond de la vallée.



Au matin, le ciel se dégage un peu. Petit-déjeuner sous la véranda, face aux montagnes et à la vallée. Puis on part marcher. La campagne d’Otavalo est douce, verte, légèrement perchée, avec une vue sur la ville et une foule de petits villages reliés par des sentiers. Des champs en patchwork grimpent à l’assaut des collines. Une paysanne passe, une brassée d’herbe dans les bras.




Une cascade entre deux averses
On profite d’une éclaircie pour filer jusqu’à une cascade qu’on nous avait indiquée, au fond d’un vallon couvert de forêt. L’eau tombe d’une falaise noire en deux longs voiles, rebondit sur les rochers, puis file dans un petit bassin. Un moment volé à la pluie (bien fait pour elle !), et savouré comme tel.


Si le mauvais temps te rattrape, cher lecteur, fais comme nous : réfugie-toi dans la campagne d’Otavalo. Les taxis 4×4 t’emmènent partout où tu veux, même sur les pistes boueuses des hauteurs, pour quelques dollars.
Que faire d’autre autour d’Otavalo ?
La pluie nous a privés de quelques balades. Voici celles que l’on te conseille de regarder si le ciel est plus clément avec toi.
- La cascade de Peguche : à moins de 4 km d’Otavalo, un sentier d’environ 800 m à travers la forêt mène à la chute. Entrée autour de 1 $ (mis à jour en 2026).
- Les lagunes de Mojanda : trois lacs d’altitude au sud d’Otavalo, à environ 13 km par une piste caillouteuse (un 4×4 est conseillé). Le volcan Fuya Fuya offre la plus belle vue sur les lagunes.
- Cotacachi : petite ville voisine, réputée pour son travail du cuir. Facile à combiner avec la lagune de Cuicocha.
Otavalo se combine aussi très bien avec Quito, à deux heures de route : tous nos conseils pour la capitale sont dans notre article Visiter Quito : que voir et que faire.
Où dormir à Otavalo ?
Deux options, deux ambiances : le centre pour les marchés, la campagne pour le calme. Si tu viens pour le samedi, dormir en ville le vendredi soir t’évite de courir aux aurores.
Dans le centre : Hostal Riviera Sucre

Notre conseil pour loger en ville. Ce petit hôtel se trouve calle García Moreno, à quelques rues de la Plaza de los Ponchos : tu fais tout à pied. Jardin, terrasse, salon commun et cuisine partagée, chambres simples avec salle de bains privée. Les voyageurs saluent surtout son emplacement et l’accueil, avec une note de 9,4/10 sur Booking (mis à jour en 2026).
Dans la campagne : Hosteria Rose Cottage

C’est juste à côté que nous avons logé, et c’est l’adresse qu’on te conseille pour goûter à la même douceur. L’Hosteria Rose Cottage se trouve à Mojandita, à environ 3 km d’Otavalo sur la route des lagunes de Mojanda, avec une vue sur les volcans Imbabura et Cotacachi. Jardin, restaurant, cuisine commune et cottages, dont certains avec cuisine équipée. Un taxi pour le centre coûte quelques dollars. Note de 9/10 sur Booking (mis à jour en 2026).
Tu préfères comparer ? Voici tous les hébergements à Otavalo.
Visiter Otavalo : nos infos pratiques
- Y aller depuis Quito : bus depuis le terminal de Carcelén, au nord de la ville, avec des départs très fréquents (compagnies Flota Imbabura ou Los Lagos). Compte environ 2 heures de trajet et entre 2,50 et 4 $ (mis à jour en 2026). Garde ton sac sur les genoux : les vols ne sont pas rares sur cette ligne.
- Combien de temps : nous, on y est restés 2 jours. Le samedi pour les marchés, l’autre jour pour Cuicocha et la campagne. Mais si tu veux te poser, profiter de la vie douce du coin, de randonnées tranquilles et du coin du feu d’une auberge, tu peux facilement y traîner plus longtemps.
- Le bon jour : le samedi, sans hésiter. C’est le seul jour du marché aux animaux, et le marché artisanal y prend toute son ampleur.
- Climat : on est vers 2 560 m d’altitude. Compte 15 à 22 °C en journée et 8 à 12 °C la nuit. La saison des pluies court d’octobre à mai, mais les averses peuvent tomber toute l’année. Prévois des couches chaudes et une veste imperméable.
- Argent : la monnaie est le dollar américain. Garde des petites coupures pour le marché, les bus et les taxis.
- Assurance : pour les randonnées en altitude comme pour le reste du voyage, pense à une assurance voyage, chez Chapka par exemple.
Notre avis sur Otavalo
Faut-il aller à Otavalo ? Voilà la bonne questions ! Soyons honnêtes : en un an d’expatriation en Équateur, ce n’est pas l’endroit qui nous a le plus marqués. Mais c’est l’un des rares coins vraiment intéressants au nord de Quito. La culture otavaleña y reste très présente, le marché aux animaux surprend, l’artisanat captive, et les alentours sont beaux : un cratère rempli d’eau, des collines en patchwork, une cascade. Facile d’accès depuis Quito, Otavalo se combine aussi avec un crochet par Mindo et sa forêt de nuages. On était venus pour un marché. On est repartis avec la nostalgie d’une soupe au coin du feu.
Sur un voyage de 1 mois, tu peux consacrer 2 jours à la visite de Otavalo. Si tu es dans le pays deux semaines ou moins, on te conseille de zapper cette étape.
Nous, au final, on y est resté 4 nuits !
Tu poursuis ton voyage en Équateur ? Jette un œil à nos articles sur la boucle de Quilotoa ou Cuenca, notre ville d’adoption.
Et toi, tu as marchandé ton poncho à Otavalo ? Raconte-nous ça en commentaire !
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