Géorgie : le pays où le vin te trouve avant que tu le trouves

en Géorgie, une bouteille d’eau peut virer à la dégustation improvisée en moins de deux minutes. On l’a appris à nos dépens… ou plutôt à notre grand bonheur ! Un après-midi où on cherchait juste de quoi se désaltérer avant de visiter un de ses monastères dont la Géorgie a le secret et voilà que l’on tombe dans un « traquenard ». Ce qu’on a trouvé, c’est bien autre chose qu’un bar où acheter une bouteille d’eau : deux Géorgiens attablés, une bouteille de ghvino naturale, et une leçon accélérée sur l’art de dire non… sans jamais vraiment y arriver.

Lors de notre voyage en Géorgie, une bouteille d’eau s’est transformé en dégustation improvisée

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Bon alors… Là en fait, on est rentré dans un « petit café » sans prétention pour avoir une bouteille d’eau. 2 Géorgiens attablés ont insisté pour nous faire goûter leur « ghvino naturale ».
OK ! Un verre… On trinque à 4. À peine fini : un 2ème verre nous est rempli. « Na zdorovie ! ». OK… On trinque, on baragouine des trucs en Russe et en Géorgien. Hop : cul sec… Le verre à peine posé est rempli… « Tchin tchin », « Na zdorovie », « santé ! » Et tout et tout… Hop, on boit, et hop je pose mon verre et au moment où on allait me resservir, je dis dans un accent presque parfait (bof…), appris quelques jours avant : « Ara gmadloba » (non merci en Géorgien).

Ah ah ! Ça a bien fait rigoler mon ami Géorgien, qui a parfaitement compris mais une bouteille commencée se finit en Géorgie ! Hop encore un verre na zdorovie tchin tchin bla bla. À son tour , héroïque, Emilie finit son 4ème verre et elle tente dans un Russe parfait au moment d être resservi : « niet spaciba ».
Ah ah. Ça à bien fait rire notre ami Géorgien ! Qui ressert Émilie et se rerereressert lui même pour finir la bouteille. « Na zdorovie tchin tchin et tout le tintsouin ».
Après ce verre fini, je garde bien précieusement mon verre à la main sans le reposer sur la table. Hin hin. Émilie fait de même. Niet spaciba. Et là erreur : elle repose son verre vide sur la table et se retourne ! Son verre est rempli… Na zdorovie.
Elle le finit en trichant un peu. Hop petite photo souvenir, des sourires, des au revoir… Et en petit cadeau : le reste de la bouteille de vin dans notre sac… 

La suite est moins glorieuse… Les idées peu claires, on a eu un mal fou à trouver l’entrée du monastère… Oups ! Cette découverte de la Gérogie commence fort.

« Na zdorovie », « tchin tchin » : les codes du toast géorgien

kseniia poroshkova eb0QbYOc KU unsplash

Na zdorovie, tchin tchin : comprendre (et survivre) au toast géorgien

En Géorgie, un toast n’est jamais anodin. Il y a un rythme, presque une chorégraphie, et il vaut mieux la connaître avant de s’attabler avec des inconnus. Voilà tout ce que tu dois savoir avant de voyager en Géorgie. C’est une question de survie, cher lecteur, alors lis ces lignes attentivement ! Et bien sûr : on boit avec modération ! Mais faut-il encore le rappeler ?

La règle numéro un : le verre ne reste jamais vide. Dès que tu le poses, quelqu’un le remplit. C’est un geste d’hospitalité, pas une pression… mais dans les faits, ça revient au même si tu ne sais pas comment y échapper.

La règle numéro deux : on ne trinque pas pour rien. Chaque verre porte un toast… à la santé, à l’amitié, aux invités, parfois à des choses beaucoup plus poétiques portées par un tamada (le maître de cérémonie des repas géorgiens). Refuser de boire, c’est un peu refuser le toast lui-même. Rolala ! L’impolitesse.

La règle numéro trois : garder son verre en main, c’est gagner du temps. Tant qu’il n’est pas reposé sur la table, personne ne le remplit. On l’a compris un peu tard. C’est une belle technique pour éviter d’être servi trop souvent…

Ce jour-là, on a testé une bonne partie de ces codes sans le vouloir… et perdu à peu près à chaque manche. Alors si toi aussi tu veux limiter la casse, voici ce que j’ai retenu.

Apprends une phrase locale, pas juste « non ». « Ara gmadloba » (non merci, en géorgien) fait toujours son petit effet. Ça surprend, ça amuse, et ça montre que tu respectes le rituel plutôt que de le fuir. Un simple « non » en anglais ou en russe glisse dessus comme si de rien n’était.

Accepte de perdre une ou deux manches. Refuser catégoriquement dès le premier verre, c’est un peu gâcher le moment. Un ou deux toasts, ça fait partie de l’échange. C’est après que tu peux commencer à négocier.

Le sourire compte plus que les mots. Même un refus maladroit passe bien s’il est accompagné d’un sourire et d’un merci. L’intention se voit.

Tant que j’y suis, petite astuce apprise lors d’un voyage au Kirghizistan : tu peux vider discrètement un peu de contenu de ton verre derrière ton dos, si t’es en extérieur. Oui, peu glorieux : on n’en est pas fiers. Mais c’est parfois une question de survie !

Et parfois, il faut juste accepter de perdre. Il y a des soirées où on ne gagne pas. La bouteille finira quand même. Autant en profiter.

Shisha Géorgie
Un endroit sympa pour boire un verre et fumer une shisha.

Ce que cette soirée m’a appris sur l’hospitalité géorgienne

On repart de ce genre de rencontre avec un peu de vin en trop et une certitude en plus : ici, offrir n’est pas un geste, c’est une manière d’être. Ce couple attablé ne nous devait rien. On était juste venus chercher de l’eau. Et pourtant, ils ont ouvert leur bouteille, partagé leur table, insisté encore et encore — jusqu’à nous glisser le reste du vin dans le sac au moment de se dire au revoir.

C’est ça, la Géorgie que je retiens. Un pays où l’hospitalité ne se propose pas à moitié. Où dire non prend du temps, de la patience, et un peu d’humour. Où même quand on perd — verre après verre — on repart avec le sourire, une photo souvenir, et une bouteille en cadeau.

Alors si un jour tu passes par là et qu’on t’invite à trinquer : accepte. Au moins un peu. Le reste, tu apprendras à le refuser en chemin.

Le vin, la chacha et les autres trésors à boire en Géorgie

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La Géorgie ne se contente pas d’un seul alcool à offrir. Ici, la vigne pousse depuis huit mille ans, et le pays a eu largement le temps de peaufiner ses spécialités.

Le vin en qvevri, d’abord celui qu’on nous a servi ce jour-là (enfin, surement un vi de table de qualité tres moyenne mais bon !). Il fermente dans de grandes jarres d’argile enterrées, selon une méthode ancestrale classée au patrimoine culturel de l’UNESCO. Le résultat surprend souvent les palais habitués aux vins occidentaux : le blanc y prend une couleur ambrée, des tanins qu’on n’attend pas, un goût plus brut, plus sincère. On appelle ça le « orange wine » ou « vin orange ailleurs dans le monde… en Géorgie, c’est juste du vin.

La chacha, ensuite. C’est l’eau-de-vie locale, distillée à partir des restes du raisin : peaux, pépins, tiges. Puissante, parfois maison, souvent servie en shot au fond d’un repas. Prévenez votre foie. Ah voilà l’anecdote sur la chacha… Oui, je sais, ça fait deux anecdotes sur l’alcool en Géorgie. Non, ne te méprends pas : nous ne sommes pas du tout alcoolique !

Le vin rouge de Kakhétie, la grande région viticole du pays, mérite aussi le détour. Saperavi en tête : un cépage local, tannique et corsé, qui donne des vins capables de vieillir des années.

Et pour ceux qui préfèrent plus doux, il y a le Khvanchkara, un vin rouge légèrement pétillant et sucré, longtemps réputé pour avoir été le préféré de Staline.

Un conseil si tu voyages en Géorgie : ne repars pas sans avoir goûté au moins à deux ou trois de ces spécialités. Le pays s’enorgueillit à raison de sa tradition viticole — autant en profiter, un verre (ou deux) à la fois.

Après l’excès, l’effort : nos 2 treks préférés en Géorgie

Trek Géorgie

Alors, si tu veux te donner bonne conscience après ces quelques verres, voici deux treks que l’on a adorés pour te remettre de tes excès, reconnecter avec la nature et t’éloigner un peu des traquenards et invitations qui risquent de t’emmener vers un verre de trop.

Le trek Omalo-Shatili t’emmène aux confins du nord-est du pays, entre Toutchétie et Khevsourétie. Ce sont deux régions brutes, quasi désertées, où l’on croise plus de bergers et de troupeaux que de randonneurs. Compte environ cinq jours et 80 km, un col à 3400 m, et un bivouac sauvage chaque soir : pas d’hébergement sur le chemin, juste des villages aux tours défensives qui surgissent au détour des vallées. C’est isolé, exigeant, mais on n’a rien vu d’aussi préservé en Géorgie.

Le trek Mestia-Ushguli, en Svanétie, est plus accessible et plus fréquenté. Mais c’est tout aussi spectaculaire. Quatre jours, 60 km, un col à 2700 m, et un troisième jour d’anthologie avec le village médiéval d’Adishi et une vue sur glacier depuis le col de Chkhutnieri. Tu peux dormir en tente ou chez l’habitant, et l’arrivée à Ushguli, classée au patrimoine de l’UNESCO, vaut à elle seule le déplacement.

Deux itinéraires bien différents dans leur intensité, mais qui devraient largement suffire à faire passer la chacha.

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